Interview des auteurs d'Erzsebet
Posté le 12.10.2010 dans Bonus
Voici une interview de Cédric Rassat et Emre Orhun, respectivement scénariste et dessinateur d'Erzsebet (sortie le 13 octobre 2010), à l'occasion du dossier de presse de la collection 1000 Feuilles.
Comment avez-vous fait connaissance et avez-vous eu envie de travailler ensemble ?
C.R. : J'ai connu Emre en 2001 par l'intermédiaire de Guillaume Martinez, avec qui j'avais fait William Panama. Son travail d'illustrateur était déjà très impressionnant, évidemment. On a commencé par travailler sur un projet très radical, et assez invendable, qui s'appelait Clinique Vivaldi et qui n'a finalement pas trouvé d'éditeur. Je crois que les erreurs commises sur ce projet mort-né nous ont beaucoup servi pour Erzsebet.
Le propos en lui-même est déjà noir. Comment avez-vous pris la décision de quitter le réalisme pour partir dans la fantaisie gothique ?
E.O. : Ce n'est pas moi qui ai décidé de quitter le réalisme, c'est le réalisme qui m'a quitté il y a déjà fort longtemps. Sans faire un cours d'histoire de l'Art, je trouve que le réalisme a moins d'intérêt depuis que la photographie existe. La fantaisie gothique était tout appropriée pour ce genre d'histoire qui vogue dans l'univers des contes macabres et du vampirisme, dans la droite ligne des films d'horreur gothique de la Hammer.
Pourquoi avez-vous fait de la carte à gratter votre technique favorite ?
E.O. : Je fais de la carte à gratter depuis une quinzaine d'années ; c'est une technique longue et exaspérante, un peu sombre (surtout pour certains lecteurs), et je suis par moment obligé de m'arrêter quelque temps, d'utiliser une autre technique de dessin pour m'aérer l'esprit. Néanmoins, je reviens régulièrement à cette technique ; le fait de partir d'un fond noir et de «sortir » les formes de cette obscurité à coups de traits blancs exerce une certaine fascination que je ne peux pas expliquer. J'aime aussi l'archisimplicité de cette technique : je suis face à ma feuille noire avec une plume à gratter, je n'ai besoin d'aucun autre outil pour réaliser mon dessin. Dernièrement, je pense que la carte à gratter a un effet apaisant sur moi, ça me calme les nerfs, un peu comme faire du tricot (non, je n'en fais pas).
Cette comtesse a beaucoup inspiré les artistes. Comment avez-vous fait sa connaissance ?
C.R. : C'est une histoire dont on m'a parlé lorsque je travaillais sur le premier volume de Manson. L'association avec le mythe de Dracula m'a immédiatement fait penser à l'univers expressionniste du Nosferatu de Murnau… et au graphisme sombre, étrange et souvent inquiétant des illustrations qu'Emre réalise en cartes à gratter. D'une certaine manière, cette histoire d'Erzsebet Bathory était un peu le projet rêvé si on voulait utiliser cette technique sur tout un album.
Certains de vos albums inspirés de faits réels ont visiblement la volonté de coller à la réalité. Ici, un peu moins : pourquoi cette fois-ci avez-vous pris des libertés pour vous approprier le mythe ?
C.R. : Déjà, je pense que chaque récit, chaque projet, fonctionne selon des règles qui lui sont propres. Pour Erzsebet, nous étions à mi-chemin entre l'histoire et la légende. Personne ne sait vraiment quelle est la part de fantasme dans ce qu'on raconte sur la vie de cette femme. Donc je trouvais qu'il était intéressant de laisser le récit dériver, parfois, vers des visions plus oniriques, ou plus «poétiques». Il me semble que cette forme narrative, qui est très proche de celle d'un conte, nous permettait aussi d'insister sur la part très enfantine de la psychologie d'Erzsebet, qui était pour moi l'un des aspects les plus intéressants du personnage.
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