Catégories

Genres

Interview d’Aurélie Herrou (Le Syndrome de Stendhal)

Posté le 08/11/2017 dans Les auteurs


Comment est née cette histoire ?

Aurélie Herrou : De la lecture de On n'y voit rien, par l'historien de l'art Daniel Arasse. Ce livre a totalement décomplexé ma manière de regarder l'art. Et j'ai eu envie de partager cette expérience.
L'idée était de m'adresser au plus grand nombre, notamment à ceux qui considèrent parfois l'art moderne – et a fortiori l'art contemporain – comme inaccessible ; et que ses interprètes ne sont que des artistes « pour rire ».
Je viens du cinéma et le premier format de ce projet était donc audiovisuel. J'avais d'abord pensé à une série TV, un médium à très large spectre. Mais l'art contemporain est, semble-t-il, inquiétant pour tout le monde… 
Il n'est pourtant qu'un reflet stylisé de notre époque. On peut tous se mettre devant une oeuvre. Regarder, voir, ressentir quelque chose. Ou non.


L'angle que vous avez choisi, celui d'une fiction volontairement légère, est-il un moyen de briser certains clichés dont souffre l'art contemporain auprès du grand public (élitisme, argent roi, superficialité…) ?

Aurélie Herrou : J'adore le burlesque ! Celui de Jacques Tati, de Claude Melki, de Peter Sellers, de Roberto Benigni… J'avais envie de le revisiter. Mais c'était aussi un vecteur qui allait m'aider à briser certains a priori hostiles. Le rire ouvre des portes.
Les clichés dont vous parlez n'en sont peut-être pas toujours – j'en parle dans le livre. On a quelques fois l'impression qu'il y a comme une volonté, qui viendrait de l'intérieur du monde de l'art lui-même, de brouiller les pistes, de flanquer des discours compliqués sur des idées pourtant simples. Pourquoi ? Pour créer un « club privé » ? Rester « entre-soi » ? Justifier des prix battants tous les records ?
Or il est évident que l'art contemporain ne peut ni ne doit se résumer qu'à cela. La plupart des artistes sont, sans aucun doute, motivés par une nécessité de créer et non par une envie de vendre ou d'appartenir à un star system quelconque…

Quel est votre rapport avec l'art contemporain ?

Aurélie Herrou : Je suis un peu Fred ! Enfin, je l'étais…

Pouvez-vous nous parler de ce « syndrome de Stendhal » auquel l'album doit son titre ?

Aurélie Herrou : Le syndrome de Stendhal est une maladie psychosomatique qui provoque des accélérations du rythme cardiaque, des vertiges, des suffocations voire des hallucinations chez certains individus exposés à une « surcharge d'oeuvres d'art ». Quand j'en ai entendu parler pour la première fois, j'ai été interpellée. Je me suis bien sûr procuré Rome, Naples, Florence, le récit de voyages de 1826 de Stendhal, mais aussi Le Syndrome de Stendhal ; du voyage dans les villes d'art de la psychiatre italienne Graziella Magherini, qui a nommé ce syndrome. D'après elle : « Nous sommes tous porteurs du syndrome de Stendhal. Ce phénomène reste pour la plupart d'entre nous diffus. Dans certaines conditions d'intimité, une oeuvre d'art fonctionne pour celui qui la regarde comme le symbole d'un drame intérieur ». 

En résumé : ne sous-estimez pas le pouvoir de l'art !

Mais ça m'intéressait de placer mon récit dans le monde d'aujourd'hui, de confronter mon protagoniste à l'art contemporain et non à celui de la Renaissance.

Raconter cette histoire sous cette forme, est-ce aussi une manière de souligner le fait que la bande dessinée, longtemps mal considérée, est aujourd'hui reconnue comme art contemporain (comme en témoignent les différentes expositions sur le sujet au centre Pompidou) ?

Aurélie Herrou : Sûrement. Pour réaliser cette histoire, je me suis attachée aux détails. Et grâce aux dessins de Sagar, ce livre est une oeuvre d'art en soi !
Pourquoi une BD ? J'ai grandi en lisant Franquin, Hergé, Giraud, Cosey, Jacobs, Forton, puis Eisner, Jodorowski, Boucq…
Ecrire une BD était un rêve de toujours, et je remercie Bruno Seles de m'avoir persuadée à me lancer dans cette aventure il y a quelques années.

Comment avez-vous rencontré Sagar et comment travaillez-vous ensemble ?

Aurélie Herrou : J'ai suis tombée sur le dernier album de Sagar Los Vagabundos de la Chatarra aux Éditions Norma. J'ai adoré. J'ai été particulièrement frappée par sa manière de dessiner le mouvement. C'est quelque chose qui m'intéressait, cette notion de mise en mouvements, pour ce livre.

Je l'ai alors contacté via Mireia Trius, une amie éditrice à Barcelone. Il a tout de suite adhéré au projet, après quelques pénibles minutes de « pitch » en espagnol et sans même avoir lu une ligne de mon synopsis. Mon espagnol s'est depuis amélioré et nous travaillons dans cette langue, même si j'écris en français. Dès que j'achevais d'écrire une séquence, une traduction de travail était faite et envoyée à Sagar, pêle-mêle, qu'il dessinait aussitôt. Un chaos organisé, en quelque sorte.

Le Syndrome de Stendhal dessin Agar Le Centre Pompidou croqué par Sagar

L'album représente une partie des oeuvres qui sont exposées au musée. Comment les avez-vous sélectionnées ?
Aurélie Herrou : Par goût ou par nécessité narrative. Mais aussi pour faire un tour d'horizon (loin d'être exhaustif !), de l'univers sans fin de l'art moderne et contemporain. Car Le Syndrome de Stendhal a aussi une ambition pédagogique.
Franck Marguin, notre éditeur chez Glénat, comme Nicolas Roche et Claire de Cointet des Éditions du Centre Pompidou, notre partenaire, m'ont laissé une liberté totale dans le choix des oeuvres et des artistes. Certaines pièces font partie du fonds du Centre Pompidou, d'autres non. J'ai été épaulée dans mes recherches sur l'art par Véronique Michel, une historienne de l'art qui a été ma consultante, grâce à la Fondation Almayuda.

D'un point de vue pratique, est-il facile d'obtenir l'accord des artistes ? Comment procédez-vous ?

Aurélie Herrou : Ça, il faut le demander à notre éditeur !
La grande majorité des artistes et des ayant-droits ont accepté de faire partie de ce projet. Quant à ceux qui n'ont pas souhaité apparaître dans le livre, nous les avons remplacés.

Quel regard tient le Centre Pompidou sur votre album ?

Aurélie Herrou : Ce sont les premiers à s'être engagés dans le projet. Je crois qu'ils aiment l'idée que nous revisitions le musée. Ils souhaitaient que la sortie coïncide avec les 40 ans du Centre. L'album a donc été réalisé en à peine plus de six mois : une performance en soi !


Aurélie Herrou vient du monde du cinéma. Depuis toujours férue d'Art contemporain, elle réalise avec Le Syndrome de Stendhal, son  premier scénario de bande dessinée.

Aurélie est née en 1975, à Paris. Elle vit et travaille à Barcelone.


Le Syndrome de Stendhal
Récit complet
Scénario : Aurélie Herrou
Dessin : Sagar Fornies
Collection 1000 Feuilles

EN LIBRAIRIE LE 8 NOVEMBRE 2017

Le Syndrome de Stendhal


 



Poster un commentaire

Vous voulez poster un commentaire ? Inscrivez vous vite au site Glénat ! Vous pourrez également personnaliser votre page d’accueil, choisir vos widgets et participer en exclusivité aux concours Glénat ! Si vous êtes déjà inscrit, veuillez-vous connecter ici !

Derniers commentaires

Archives