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Interview de Fabien Nury pour Les Chroniques de Légion

Posté le 20/05/2011 dans Les auteurs


Interview de Fabien Nury pour Les Chroniques de Légion.

Pourquoi ces Chroniques sont-elles éditées chez Glénat... ?

Paradoxalement, c'est pour ne pas changer d'éditeur. J'avais vécu l'aventure de Je suis Légion aux Humanos avec Philippe Hauri, qui est aussi mon ami. Lorsqu'il a quitté cette maison d'édition pour rejoindre les éditions Glénat, je l'ai suivi avec le projet des Chroniques sous le bras. Ça m'a paru évident.

Une série bouclée en deux ans, quel cadeau pour le lecteur !

J'espère que ça lui fera plaisir ! C'était un souhait, devenu possible avec le parti pris qu'on a choisi : un scénariste mais quatre dessinateurs. Les quatre tomes sont écrits, les quatre couvertures sont prêtes, et le premier tome sort maintenant. D'ici à fin 2012, la série des Chroniques de Légion sera bouclée.

Cette fois, on s'échappe de la première moitié du 20e siècle ! Et on voyage beaucoup...

Effectivement ! Ces époques me sont moins familières, mais pas tant que ça : j'aime l'Histoire à toutes ses périodes. Avec les Chroniques je peux me balader avec plus de liberté que d'habitude parce que mon propos est plus romanesque. Il était une fois en France est une histoire vraie, avec un personnage ayant réellement existé, le travail de documentation a été énorme, il fallait être précis... Alors que là, il y a une base historique et légendaire dont je me suis inspiré, mais je pouvais créer ma propre version. La mythologie de la Conquista, par exemple, m'intéresse plus que ce qui s'est réellement passé.

Cette scène hallucinante des chevaux bloqués dans la glace a-t-elle réellement existé ?

C'est un fait réel, mais que j'ai transposé. C'est Malaparte, auteur italien qui a couvert la Deuxième Guerre mondiale, qui l'a décrite en 1944 dans son livre Kaputt. Ça s'est vraiment passé, il a vu ces chevaux pris dans le lac gelé, il raconte qu'on pouvait alors s'asseoir sur la tête d'un cheval congelé, brrrr... Ensuite, ce fut le dégel et là... beaucoup moins fascinant !

Ces différents univers seront-ils développés dans les prochains tomes ?

Les époques principalement developpées sont celles des quatre incarnations de Vlad, les autres ne seront qu'évoquées. On se balade donc en 1450, 1521, 1872, 1887... pour terminer en 1918, juste avant Je suis Légion. Le pouvoir de réincarnation des personnages permet de passer d'une époque à une autre avec une liberté absolue !

Avec Les Chroniques on découvre la psychologie des personnages de Je suis Légion : c'est une approche nouvelle pour vous...

En effet, c'est en travaillant sur M. Joseph, pour Il était une fois en France, que j'ai découvert le plaisir qu'on peut prendre à développer la psychologie d'un personnage. L'incroyable aventure de Joseph a eu lieu parce que cet homme avait des sentiments forts, qui prenaient le pas sur ses convictions. Tous ses choix découlent de ça, j'étais donc obligé de décortiquer le processus pour expliquer son parcours exceptionnel.

Cela a changé votre rapport à l'écriture ?

Absolument. Ce travail particulier a vraiment donné une nouvelle direction à mon écriture. Je ne peux plus faire ce que j'ai fait jusque là, avec de la pure intrigue, de la pure action. C'était très bien mais maintenant, entre le personnage et l'intrigue, je pose une émotion. Même le prochain tome de W.E.S.T. laissera plus de place aux émotions des personnages. Avec le recul je peux dire -modestement- que je suis un bon technicien de l'intrigue mais maintenant je ressens moins le besoin d'écrire beaucoup. M. Joseph m'a libéré de ma peur du vide.

Le mot « liberté » revient d'ailleurs souvent dans vos propos...

Je redécouvre le potentiel extraordinaire de ce mode de narration qu'est la bande dessinée : tout est possible ! On peut raconter des choses qui seraient compliquées à montrer, même au cinéma. Je suis Légion a été écrit sur un mode cinématographique, mais les Chroniques sont presque impossibles à adapter au cinéma, c'est de la BD pure. Je trouve d'ailleurs que les jeunes auteurs sont trop influencés par le cinéma et pas assez par la littérature. Du coup, ils n'exploitent pas le potentiel illimité de la bande dessinée. Bien sûr, dans Les Chroniques il y aura des éléments de découpage cinématographique, mais les pages dont je suis le plus content dans le tome 1 sont celles qui racontent autrement. Un rat qui utilise le sang du personnage comme véhicule pour changer d'incarnation, c'est un concept qui en littérature demanderait beaucoup de texte mais en bande dessinée, grâce à l'image et au mode narratif - la « voix off » - pas besoin d'une multitude de cases ou de dialogues fastidieux. Ça évite les mauvaises scènes où l'on s'ennuie.

Économie de texte, donc, et en même temps, votre écriture est plus soignée que jamais !

Heu... merci ! Dans ce type d'histoire, on a droit au lyrisme, ça va bien avec l'image. être lyrique ne veut pas dire écrire beaucoup, au contraire, on peut dire beaucoup de choses, être grandiloquent même, avec quelques mots. À condition de ne pas oublier l'ironie, la distance, sans quoi on est vite ridicule. Et le dessinateur est ravi : il a une page avec très peu de texte, sur laquelle il peut choisir de dessiner cinq belles cases seulement, et ça raconte quand même quelque chose de beau. Je rends hommage à Mario, qui a bâti des pages à la Toppi sur les réminiscences de Gabriella : c'est lui qui a décidé cette superbe composition sans cases et c'est parfait.

Va-t-on enfin savoir pourquoi Vlad et son frère sont ennemis ?

Oui. Dans Je suis Légion on était dans l'action pure. Avec les Chroniques on découvre le pourquoi du comment.

On ne va quand même pas finir par trouver Vlad attachant, comme M. Joseph ?

À voir... Il est lui-même surpris du fait que ses incarnations influent sur son état d'esprit. Dès le tome 1 il se passe quelque chose, le temps d'un regard entre Gabriella (lui) et Martin. Son esprit, en passant par le sang, passe par les sens... Il va connaître des émotions, des sentiments, ça lui fait drôle, et à nous aussi ! Et ça conditionne forcément la fin. Ici encore, le mode narratif permet de montrer ce que ressent le personnage, alors que lui-même ne comprend pas encore ce qui se passe.

Quatre périodes, quatre dessinateurs : comment s'est décidée la répartition ?

Nous en avons décidé en tenant compte du trait et des souhaits des dessinateurs. Mario a toujours su dessiner de très belles femmes dans des scénarios fantastiques, Zhang a l'habitude des scènes très guerrières... Chacun a retrouvé son univers familier. Tous ont fait leurs couleurs sauf Tirso qui a travaillé avec son coloriste habituel, Javier Martin. C'est très agréable de mobiliser des talents d'horizons différents.

Du coup, chaque époque est clairement identifiée...

Exactement. C'est subtil, on ne passe pas d'un dessin réaliste à du manga, mais la différence est suffisamment perceptible pour que le lecteur sache immédiatement où il est.

Pourquoi Mathieu Lauffray n'a-t-il dessiné que le prologue ?

C'est la partie qui lui plaisait le plus, et son planning ne lui permettait pas de dessiner tout l'album car le tome 4 de Long John Silver est très attendu. Ce prologue est très important pour la série, je voulais que ce soit fort, une sorte d'opéra qui pose les bases de tout ce qui va se passer ensuite : Mathieu sait très bien faire ça. On s'est fait un gros plaisir ensemble, le projet contenait un tas de trucs qu'on n'avait jamais faits ni l'un ni l'autre : dans ce tome 1 Mathieu a dessiné sa première scène érotique ! Et malgré son emploi du temps serré, il a tenu a réaliser la couverture, c'est un beau cadeau.

C'est impressionnant de dessiner après Mathieu Lauffray, non ?

Sûr ! En lui confiant les premières pages, on proposait forcément un gros challenge aux autres dessinateurs.  Surtout à Mario, qui enchaîne les pages suivantes, mais il s'en est très bien sorti.

Vivre à différentes époques pour de vrai, ça vous plairait ?

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, je ne suis pas nostalgique. J'aurais peut-être aimé vivre dans les années 1960-70, à l'époque du Parrain de Coppola et de Bernard Prince en BD... Mais je n'aime pas me dire « c'était mieux avant ». Par contre, ce qui se passe dans la série, le fait de passer par le sang des gens pour changer d'époque, cumule deux fantasmes forts : l'ubiquité et l'éternité. La damnation de ce pouvoir, le prix à payer, c'est une solitude absolue, qu'on retrouve dans les films Entretien avec un Vampire ou encore Highlander. Comme le chantait Freddy Mercury, qui a envie de vivre éternellement ? Explorer ce fantasme permet d'entrer dans un romantisme noir mais psychologiquement très intéressant. Quant à le vivre pour de vrai...


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