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Interview de Jean-David Morvan (RAVAGE)

Posté le 19/08/2016 dans Les auteurs


Ravage : l'apocalypse selon Barjavel

René Barjavel, né le 24 janvier 1911 à Nyons et mort le 24 novembre 1985 à Paris, est un journaliste et écrivain français, précurseur de la science-fiction et du récit d'anticipation. Écrit pendant la Seconde Guerre Mondiale, sorti en 1943, Ravage est sans conteste, avec La Nuit des temps, l'ouvrage le plus connu et le plus représentatif de son oeuvre. L'auteur y prédit la chute de notre civilisation le jour où elle se retrouve privée de la totalité de ses sources d'énergie. La richesse philosophique de ce roman, l'acuité avec laquelle l'auteur dépeint notre futur et une humanité asservie par la technologie toute puisssante, en ont fait un incontournable de la littérature française – et pas uniquement de science-fiction. Ravage est encore aujourd'hui fréquemment étudié au lycée, et a fait l'objet de nombreux exposés, mémoires et thèses universitaires.

Comment et pourquoi adapter un tel classique de la littérature de SF en BD ? Le scénariste Jean-David Morvan nous répond. Sortie prévue le 7 septembre...


Pourquoi avez-vous décidé d'adapter ce roman de Barjavel en bande dessinée ?

Jean-David Morvan : Eh bien, parce que je l'aime. C'est la première raison. Il m'a marqué quand je l'ai lu, étant encore jeune. Plus tard, en voyant pas mal de récits postapocalyptiques, il m'a semblé qu'ils n'ajoutaient rien à Ravage. Au contraire même, il me semblait qu'ils n'étaient qu'une partie de ce que Barjavel avait déjà développé.

Récit d'anticipation écrit en 1943, Ravage présente une vision du futur forcément inexacte aujourd'hui. Quelles libertés avez-vous prises dans votre adaptation ?

J.-D. M. : Le futur est par définition inexact. Mais il y a plein de choses qui sont notre actualité, en premier lieu l'addiction à l'électricité, ce qui est le point central du récit. François, le héros, pense que les hommes se ramollissent à cause du progrès technologique. D'une certaine manière, cette catastrophe met le monde nouveau en phase avec ses idées. Doté d'un caractère fort, il va prendre le pouvoir psychologique sur les gens qui l'entourent. Pour moi, ce roman raconte l'ascension d'un dictateur. Qui a peut-être des idées pures au début, mais finit par pousser sa logique trop loin.

Ravage a parfois été critiqué pour son message conservateur et antiprogrès. Quelle lecture en tirez-vous ?

J.-D. M. : Comme je disais plus haut, c'est François qui a ces idées de retour à la terre, à la famille, aux valeurs de base, pas forcément Barjavel (je me garde toujours bien de confondre les personnages et le romancier). Et François finit par aller trop loin. On a reproché beaucoup de choses à Barjavel qu'on semble aujourd'hui aduler chez quelqu'un comme Pierre Rabhi. Pour moi, une pensée reste inoffensive tant qu'elle n'est pas mise en pratique. Il y en a des bonnes, des mauvaises, des vicieuses, des généreuses, mais tant qu'elles ne sont pas appliquées de force à des êtres humains, ce n'est pas grave. François, lui, s'engage sur cette pente. D'abord poussé par les évènements puis, je crois, parce qu'il y prend goût. Alors il devient ce que l'on voit dans les premières pages. Ce qu'on a pu dire de Ravage à une époque est aujourd'hui un lieu commun. Or, on a plus de recul. On peut le lire autrement, chacun à sa manière, au lieu de répéter toujours les mêmes vieilles lunes.

Vous êtes associé à Rey Macutay, un dessinateur philippin, ce qui peut paraitre curieux pour l'adaptation d'un roman français. Pourquoi ce choix ?

J.-D. M. : Parce que Rey est un des meilleurs auteurs de BD que je connaisse. Tout simplement. Pour moi, la nationalité n'a aucune importance. Seul le talent, compte. Nous avons déjà réalisé le biopic sur Jaurès ensemble – aussi pour Glénat dans la collection « Ils ont fait l'histoire » – et il a dessiné la France du début du XXe siècle comme s'il y avait vécu. Rey développe dans ses pages à la fois une grande puissance et une élégance rare. Il va falloir compter avec ce garçon !

Connaissait-il le roman de base ? L'a-t-il lu avant de travailler sur la BD ?

J.-D. M. : Il ne le connaissait pas. Je lui ai offert en Anglais. Mais ça ne me dérange pas vraiment quand les gens n'ont pas lu un roman qu'ils adaptent au dessin. Ça leur donne aussi un regard frais sur l'univers graphique de l'histoire.

Que pensez-vous du résultat ?

J.-D. M. : Génial ! Tout du moins en ce qui concerne Rey. Pour ce qui est de mon travail à moi, je vous laisse lire.


RAVAGE – Tome 1/3

Scénario : Jean-David Morvan (d'après le roman de Barjavel)

Dessin : Rey Macutay

 



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