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Interview de Loisel (Café Zombo) !

Posté le 21/11/2016 dans Les auteurs


C'est l'événement BD de l'année : pour la première fois depuis Peter Pan, Régis Loisel revient au scénario, dessin et couleurs ! Et pour ce grand retour, il a décidé de s'offrir un rêve : livrer son hommage au Mickey de Floyd Gottfredson des années 1930 dont il est un fan absolu.

Le résultat est Café Zombo, un ouvrage somptueux et hors-norme dont l'artiste nous dévoile les secrets dans cette interview exclusive. Rencontre...


Comment est né ce projet ?

C'est tout simple. Entre auteurs, avec nos éditeurs, on parle souvent de nos souvenirs, de ce qui nous a amené à la bande dessinée. Moi, c'était l'univers de Disney, Mickey et Donald que je voyais dans les dessins animés et dans les albums que j'achetais quand j'étais enfant. Un jour, Jacques Glénat, qui venait d'obtenir les droits pour la licence Disney, s'en est souvenu et m'a proposé de faire mon propre album de Mickey. L'occasion était trop belle ! J'étais ravi d'apprendre qu'il y avait alors d'autres auteurs sur le coup, qu'une collection d'amoureux de Mickey se constituait. J'étais à mille lieux d'imaginer que Cosey était, comme moi, un fan absolu du vieux Mickey des années 1930 !

Pourquoi avoir plongé les personnages de Disney dans une période aussi sombre que la Grande dépression ?

Parce que je voulais retrouver cette ambiance de vieilles palissades, ces maisons en bois, ce décor bucolique et rural qu'on voit déjà dans Magasin Général. Ça me permettait aussi de parler de thèmes liés aux années 1930 : l'expropriation, le chômage, la mainmise des puissants sur le peuple, la robotisation – que j'ai transformée ici en « zombification » – de la main-d'oeuvre… Des problématiques qui sont encore d'actualité. Sans aller jusqu'au pamphlet, je trouvais intéressant de confronter Mickey à ces réalités politiques et sociales, qui correspondent à la période « graphique » du personnage qui m'intéresse le plus.

Extrait de Café Zombo - page 27

Pourquoi le choix du format horizontal, « à l'italienne » ?

Encore une fois, pour rendre hommage à l'époque et au précurseur qu'était le comic strip – à qui la BD doit son appellation de « bande. » C'était passionnant d'arriver à trouver une dynamique dans les contraintes de ce format, où l'on ne peut pas vraiment jouer sur la dimension des cases. Limité à quatre ou cinq images maximum, chaque strip, pris isolément, doit raconter quelque-chose. Ça ne veut pas dire qu'il y a un gag à chaque fois, mais il faut qu'il y ait des événements, que le lecteur soit surpris sans arrêt. Et il faut arriver à penser horizontalement. Les personnages peuvent se déplacer légèrement de bas en haut, faire des vagues, mais le mouvement se constitue dans l'essentiel de gauche à droite. Ça rend la narration à la fois plus simple et plus efficace, plus séduisante. J'ai vraiment adoré travailler de cette façon.

Extrait de Café Zombo - page 16

À l'inverse du minimalisme de Gottfredson, on sent chez vous un véritable souci du détail dans les décors. Etait-ce un parti-pris délibéré ?

C'est vrai, les décors de Gottfredson sont très minimalistes – ce qui lui avait d'ailleurs été suggéré par Disney, pour aller à l'essentiel. Avec du recul, je me rends compte que, moi-aussi, j'aurais pu faire plus simple. Mais l'idée n'était pas de faire un copier-coller de Gottfredson non plus. Alors je me suis beaucoup amusé dans les cadrages et la mise en scène. C'était effectivement un parti-pris. Il fallait que ça bouge, que le lecteur ait toujours quelque chose à se mettre sous l'oeil. Qu'il ait envie d'aller voir derrière cette petite barrière ou ces sapins dans le fond… Ce sentiment que l'on a quand on regarde les vieux dessins animés. Et c'est aussi très naturel chez moi. Si l'on regarde mes précédents albums, Magasin Général ou Peter Pan par exemple, on se rend compte que la narration passe souvent à travers un décor très nourri. Ce qui ne veut pas dire que je vais en mettre partout et n'importe comment, mais j'essaie de créer des lignes de force avec le décor.

Comment vous êtes-vous approprié graphiquement les personnages ?

Très vite, parce que j'ai été nourri par ça. Comme je le disais plus haut, quand j'étais gamin, mes modèles étaient Mickey et Donald, mais aussi Krazy Cat ou Bugs Bunny… Il m'arrive souvent de griffonner des personnages animaliers. C'est une mécanique de dessin que je connais bien car je l'ai énormément pratiquée – l'un de mes premiers albums, Norbert le lézard, est d'ailleurs dans cette veine – et c'est un univers dans lequel je n'ai pas de mal à rentrer. L'enjeu ensuite, c'est d'arriver à dessiner ces personnages dans la continuité d'une bande dessinée, et les mettre en situation…

Le monde de Mickey obéissant à une « charte » spécifique, avez-vous été confronté à des contraintes lors de la réalisation de votre album ?

Je pensais effectivement que j'allais été soumis à une forme de censure mais à part certains mots du vocabulaire comme « abruti » qu'il fallait remplacer par « imbécile » ou « idiot », je n'ai pas eu à me plaindre. Évidemment, il a fallu que j'enlève tous les cigares de Pat Hibulaire ou de Rock Füller, l'espèce de gros hippopotame véreux de mon histoire. Mais je tenais absolument à ce qu'il corresponde à cette caricature de l'époque, celle du banquier ventripotent qui est calé derrière son bureau avec son cigare. Alors, je lui ai fait mâchonner une grosse saucisse, et l'image fonctionne. Sauf qu'il n'a pas non plus le droit de manger de la viande, donc c'est une saucisse végétarienne. Même si ça ne se voit pas au premier abord, ce sont bien des épinards et de la courgette qu'il y a dedans !

Ecrire aujourd'hui une histoire de Mickey, qu'est-ce que cela représente pour vous ?

C'est un rêve, un acte d'amour. J'ai toujours eu envie de faire ça. Et même si je préfère de loin l'univers de Donald, Mickey est le personnage qui m'intéresse le plus, graphiquement. Mais pas n'importe quel Mickey : celui du début des années 1930, jusqu'à 1935-36 disons. Lui faire retrouver Horace, son compagnon des débuts, c'était aussi pour moi un moyen de retrouver ce noir et blanc et cette rondeur, dans la continuité de Félix le chat, qui habitaient ses premières histoires, où il y avait une espèce de naïveté formidable. Pour être honnête, ça faisait longtemps que je n'avais pas pris un tel plaisir en dessinant et j'espère sincèrement que cette collection va continuer. Je trouve ça génial de voir Disney cohabiter avec des univers d'auteurs comme ceux de Keramidas, Trondheim, Tebo, Cosey… qui, comme moi, ont tous été bercés par les aventures de Mickey.

Café Zombo - pages de garde


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