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Interview de Tebo (La Jeunesse de Mickey)

Posté le 04/11/2016 dans Les auteurs


À l'occasion de la sortie de La Jeunesse de Mickey dans la nouvelle collection de créations originales Disney, Tebo nous a accordé une interview exclusive...


Comment a commencé l'aventure ?

Jacques Glénat m'a proposé de reprendre le personnage de Disney que je voulais. Pour moi, Mickey en BD était trop sérieux, pas assez fun. Je lui préférais Fantomiald, la version « super-héros » de Donald. Comme à l'époque, j'avais d'autres projets en cours, je me disais que si je n'arrivais pas à le dessiner de tête et avec mon style, je laisserais tomber l'affaire. Mais après plusieurs essais, mes Donalds étaient tous nuls… Alors, pour m'amuser, j'ai essayé de croquer un Mickey, et il m'a carrément plu ! C'est devenu très naturel pour moi de le dessiner, j'ai commencé à en faire plein sur mes carnets. Puis je me suis souvenu que j'étais surtout fan du Mickey des dessins animés des années 1930 comme Le Brave petit tailleur, en particulier les tous premiers en noir et blanc avec Steamboat Willy, où Mickey n'est pas que gentil : il grogne, il se bagarre... Il n'en a pas fallu plus pour que je me décide à faire un album sur lui !

Pourquoi avez-vous décidé de découper votre récit en plusieurs histoires courtes ?

Avec ce format, on va directement dans le coeur du sujet qui nous intéresse… et j'avais plusieurs sujets en tête ! Pour moi, Mickey représente l'Amérique, donc je voulais lui faire vivre des aventures pendant les grandes dates de ce pays (la Ruée vers l'or, la Course aux étoiles…) et je voulais aussi absolument parler de périodes que l'on ne voit pas trop chez Disney : la Première Guerre Mondiale, la prohibition et l'esclavage. Mais dans le même temps, je ne voulais pas faire un livre historique où le propos soit trop sombre (après tout, ce que j'aime, c'est écrire des histoires drôles !). Alors, pour la Première Guerre Mondiale, Mickey est pacifiste et combat ses ennemis avec des bombes à la farine. Pour l'esclavage, ce sont les chats qui exploitent les souris. Et pour la prohibition, j'ai remplacé l'alcool par du chocolat (le président se brûle avec du chocolat bouillant et, comme tout le monde se moque de lui, il l'interdit dans tout le pays).

D'où vous est venue l'idée d'articuler ces histoires autour d'un dialogue entre un Mickey âgé et son arrière petit- neveu ?

En tant qu'auteur, j'adore les histoires courtes, mais en tant que lecteur, je suis toujours un peu frustré. Il fallait que je trouve un fil rouge, un lien entre chaque chapitre. L'idée de mettre en scène Mickey qui raconte ses exploits m'est venue très rapidement. Et pour que ce soit un peu plus original, je l'ai fait vieux. Je l'ai appelé « pépé Mickey » et je lui ai collé un arrièrepetit- neveu du nom de Norbert. Ensemble, ils ont le même type de relation que moi avec ma grand-mère qui me racontait des anecdotes sur sa jeunesse : elle était née en 1909, donc elle en avait pas mal en réserve… Mes histoires étaient bourrées d'action. En faisant intervenir pépé Mickey et Norbert, je pouvais ralentir le rythme avec des dialogues rigolos. Norbert n'écoute pas sagement son arrière-grand-oncle, il intervient et met en doute sa parole (un peu comme moi avec ma grand-mère). Petit à petit, de spectateur, Norbert devient acteur et commence lui-aussi à vivre des mini-aventures. L'épilogue conclut d'ailleurs bien cet état d'esprit. Grâce à cette relation, les cinq petites histoires en forment une grande !

Comment avez-vous fait cohabiter votre univers d'auteur avec le monde « calibré » de Mickey ? Cette contrainte a-t-elle été un frein ou, au contraire, une motivation ?

J'avais un peu revu mes classiques pour savoir où j'allais avec Mickey. Dès que j'ai créé pépé Mickey et Norbert, dans mon esprit, les personnages n'appartenaient plus à Disney mais à moi. J'ai donc pu leur faire dire ou faire tout ce que je voulais… Bon, pas tout non plus ! Les gens de chez Disney veillent quand même attentivement sur leur souris.

Graphiquement, comment vous êtes-vous approprié ces personnages connus de tous ?

Mickey a la même morphologie que Samson et Néon, les héros de ma première série. C'est beaucoup plus simple pour moi de faire des petits personnages comme ça que Captain Biceps par exemple (avec sa petite tête et ses gros poings, c'est ultra pénible pour le mettre en scène dans une case !) Je pensais donc avoir maitrisé Mickey dès le premier dessin… Quelle erreur ! Plus je le dessinais, moins il me plaisait. Je devenais fou ! J'ai dû dessiner des centaines de Mickeys dans toutes les positions et avec une multitude d'expressions pendant deux mois avant de commencer ma première planche.

Avez-vous changé vos habitudes de dessin pour cet album ?

Je travaillais depuis plus de vingt ans avec la même marque de papier, la même plume et le même format. Je venais de finir d'écrire mon album quand j'ai croisé Régis Loisel. Il m'a montré les crayonnés des premiers strips de son Mickey. Il était un peu perdu car il ne savait pas encore avec quel outil, quel papier et quel format il allait travailler. Avec Keramidas, on s'est bien foutu de sa tronche (dans son dos) ! Mais quelques semaines plus tard, mon papier, ma plume et mon format ne me convenaient plus... J'ai failli entrer en dépression à cause de Régis !

Dans chaque épisode, on retrouve une magnifique double-page, bourrée de détails. Un petit plaisir perso ?

On nous a laissés carte blanche sur le format et le nombre de pages. Je me suis rappelé que quand je faisais le scénario et le story-board d'Alice au pays des singes pour Keramidas, j'avais mis plein de grandes cases pour qu'il puisse s'éclater. J'en étais jaloux… En fait j'aurais adoré dessiner cette série juste pour ces grandes scènes ! Donc, avant même d'écrire la moindre ligne sur Mickey, je savais qu'il allait y avoir des grandes illustrations sur des double-pages. J'ai écrit la première histoire (où il est cowboy) juste pour pouvoir dessiner celle du train qui tombe d'une falaise ! C'est l'une des raisons pour lesquelles j'adore dessiner mes propres scénarios.

Avez-vous pu jeter un oeil sur les albums des autres auteurs de la collection pendant que vous travailliez sur le vôtre ? Si oui, cela a-t-il eu une influence ?

En fait, j'ai dû commencer en même temps que Cosey et bien avant Keramidas et Loisel, donc je n'ai pas été influencé. Mais comme on était tous sur le même projet, on s'échangeait de temps en temps des mails avec des bouts de pages ou des crayonnés, ce qui était assez motivant. Ça m'a rappelé l'époque de Tchô! où on se contactait pour se remonter le moral.


LA JEUNESSE DE MICKEY

Auteur : Tebo



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