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Titeuf tome 15 : l'interview de Zep !

Posté le 22/08/2017 dans Les auteurs


À l'occasion de la sortie du nouvel album de Titeuf, A fond le slip !, nous avons posé quelques questions à Zep...

© Nicolas Guérin

La couverture de l'album précédent nous présentait un Titeuf adolescent, et nous le retrouvons enfant ! Que s'est-il passé entre-temps ?

Zep : On le retrouve là où on l'a laissé à la fin du tome 14 : impatient de grandir, mais toujours sur le seuil de la porte de l'adolescence...

Après l'histoire longue du tome précédent, pourquoi avez-vous décidé de revenir aux «fondamentaux Titeuf » avec cet album de gags en 1 ou 2 planches ?

Zep : C'est mon format favori. Il permet de sauter d'un sujet à l'autre, de passer du grave au rigolo. Ce qui est le propre de l'enfance : un mélange d'inquiétude et d'insouciance. C'est amusant de constater que, devenu adulte, on garde souvent le souvenir d'une enfance insouciante parce que l'on ne connaissait pas encore les soucis de l'âge adulte : pas encore de factures à payer, de pression sociale, professionnelle... Mais l'enfance est aussi peuplée d'inquiétudes, de grandes questions existentielles. Et ce qui est encore plus inquiétant, c'est
que notre avenir est entre les mains des adultes !

Créé en 1992, Titeuf fête cette année ses 25 ans ! Que représente cette date anniversaire pour vous ?

Zep : Je dois bien admettre que j'ai plus vieilli que lui... Mais on est toujours liés. Il est ma part d'enfance. Je ne peux pas dire ma part d'enfance éternelle, mais ça dure depuis 25 ans maintenant.

En 25 ans, notre monde a bien changé. Comment a évolué le regard de Titeuf ?

Zep : Le regard de Titeuf reste interrogateur. Il essaie de comprendre ce monde qui est, avant tout, celui des adultes. S'il était aux mains des enfants, pas sûr qu'ils feraient pire que nous. Voilà pour l'essentiel. Le reste est cosmétique : les ordinateurs se sont aplatis, on peut se faire harceler sur son smartphone, avoir des centaines d'amis virtuels...

Du papa de Titeuf en 1992 vous êtes devenu celui de plusieurs enfants aujourd'hui. Quel genre de père êtes-vous ?

Zep : Je n'ai jamais été le papa de Titeuf... C'est un titre assez bizarre que l'on donne aux auteurs de BD. Je n'ai jamais entendu dire que J. K. Rowling était la maman d'Harry Potter ou que Ian Fleming était le papa de James Bond. Je suis plutôt son double et il est mon avatar. Je suis devenu papa lorsque j'ai eu des enfants. Un papa je l'espère formidable, mais impatient et préhistorique.

Écologie, humanisme, justice... Titeuf incarne un certain nombre de valeurs essentielles dans lesquelles se retrouvent les enfants d'aujourd'hui. Ce Titeuf « citoyen » s'est-il construit avec le temps ou est-il là depuis ses débuts ?

Zep : Depuis le début, je crois. Tous les enfants veulent de la justice, de l'égalité, de l'écologie... Mais bon, ils veulent aussi des Pokémon.

Hier Titeuf voyait arriver dans son école des victimes de la guerre des Balkans ; aujourd'hui ce sont des enfants syriens. En quoi le rire vous paraît nécessaire pour parler du drame des réfugiés de guerre ?

Zep : Depuis le début, j'ai cette idée du rire pour traverser la jungle de la vie. On a besoin de rire des sujets terribles pour les rendre accessibles, acceptables. Pour ne pas refuser de les regarder. Les informations réduisent tout au sensationnel. Elles créent de la peur. On a l'impression de vivre dans un monde effroyable, entourés de dangereux fous terroristes... Titeuf a dans sa classe un enfant qui passe son temps à regarder des vidéos complotistes, un musulman salafiste qui ne veut pas serrer la main de la maîtresse, des réfugiés de guerre... mais tout cela cohabite très bien. C'est même assez rigolo.

Parlez-nous de ce nouveau personnage, Loïc l'illuminé, qui est complotiste. Pourquoi ce sujet vous a intéressé ?

Zep : Le complotisme a toujours existé chez les enfants via les légendes urbaines. Mais aujourd'hui, il a pris un nouvel essor avec ces adultes illuminés qui utilisent les réseaux sociaux pour communiquer leur peur du monde. Du coup, ils deviennent des stars, avec des milliers de followers... Les sujets n'ont pas beaucoup changé, mais c'est devenu un vrai phénomène qui exploite l'incertitude et les peurs des enfants.

Les enfants d'aujourd'hui se construisent beaucoup dans leur rapport à internet et aux nouvelles technologies. Et Titeuf dans tout ça ?

Zep : Il va lui-aussi chercher des réponses sur internet. En plus des complotistes, il tombe sur un pédophile, il cherche un tutoriel pour sortir avec une fille... cela fait partie de sa vie, bien sûr ! C'est une nouvelle donne. Avant, on se construisait en résonance avec nos parents, nos profs et les adultes de notre entourage. Maintenant, il y a ce nouvel éducateur qu'est internet... et il dit pas mal de conneries !

Dans Titeuf, vous parlez de concepts que les enfants ne maitrisent pas. Dès lors, y a-t-il des sujets de vulgarisation que vous vous interdisez ?

Zep : Non, aucun. Je n'ai jamais mis de limite aux sujets à aborder avec Titeuf. Mais si l'histoire n'est pas bonne, je ne la garde pas. Il a l'âge où la curiosité fait grandir. Les enfants ne s'interdisent pas un sujet parce qu'il est tabou.
Aujourd'hui, ils sont confrontés aux images de violence, de pornographie, aux propos racistes, d'appel à la haine... Il vaut mieux en parler, en rire, ne surtout pas en faire des tabous. Le tabou, c'est l'invention des adultes qui ont peur de l'intelligence des enfants.

Ce qui fait le sel de Titeuf, c'est cette alternance entre le gag cour de récré et des appels aux phénomènes de la société moderne. Comment équilibrez-vous ces deux aspects ?

Zep : Il y a des jours ou j'ai envie de sauver le monde et des jours ou j'ai envie de faire l'idiot. Après, je trie mes scénarios pour que l'album ait un bon rythme et un bon mélange.

Résumer une quarantaine de gags en une seul image, c'est un véritable défi pour la couverture. L'idée de celle-ci vous est-elle venue naturellement ou a-t-elle été plus difficile à trouver que les autres ?

Zep : Ouch... c'est de plus en plus dur, parce que j'en ai déjà fait 14 ! J'avais envie d'une couverture drôle, simple... avec des filles.

Est-ce que votre activité de chroniqueur au Monde a influencé votre façon d'observer la société et, par extension, les sujets que Titeuf aborde dans ses aventures ?

Zep : Oui, bien sûr... Titeuf s'est même retrouvé en Une du Monde pour raconter à sa manière le drame des migrants, en septembre 2015. Mais dans Titeuf, j'observe toujours le monde à hauteur d'enfant. Parfois, on voit des choses que notre hauteur d'adulte ne distingue plus.

Dans l'actualité, la culture, la bande dessinée, qu'est-ce qui vous nourrit aujourd'hui ?
Zep : L'envie.


Titeuf - Tome 15 : À fond le slip ! 

Titeuf tome 15



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