LE MANUSCRIT

LA FATWA

LE MÉTÉORE

LE SERMENT

LE VENGEUR

INTERVIEW DE FRANK GIROUD

(...)

Pourquoi le choix de Merwan Khadder pour endosser ce rôle?
Frank Giroud : Merwan est un croyant. Bien qu’il ait tourné le dos à l’intégrisme, il reste un musulman sincère. Il a tué Halid Riza, mais sa rencontre avec le vieil homme, et avec Nahik, a bouleversé les fondations sur lesquelles il avait bâti sa foi. Il lui est devenu impossible de vivre sereinement sans savoir ce qu’il y a de véracité, ou de supercherie, dans cette omoplate. Cette omoplate qui lui a fait prendre un virage à 180°. Dans son parcours spirituel et dans sa vie d’homme. Merwan a beaucoup perdu en faisant le choix qu’il a fait. Il a perdu la possibilité de circuler librement. Il a perdu la sécurité. Il a perdu Aline, la femme qu’il aimait. Et il risque à tout moment de perdre la vie. Il doit donc acquérir la certitude d’avoir fait le bon choix.

Pourtant l’intrigue démarre de nos jours à Glasgow. Or c’est Gwen qui possède les aquarelles de Desnouettes et donc l’ultime piste pour retrouver la source de la sourate oubliée…

Frank Giroud : Le contenu des aquarelles n’a pas d’importance pour Gwen. Elle n’est pas musulmane. Tout ce qui concerne l’Islam ne la touche que de loin, voire pas du tout. Gwen n’a strictement aucun intérêt à mener une enquête sur l’authenticité de la sourate. Seules comptent les aquarelles en tant que telles, dans la mesure où elles sont un lien avec Simon et avec son œuvre. Et le moyen pour elle de découvrir la terrible vérité…

Merwan, Gwen et… le tueur de la Clyde sont de retour dans ce tome 1. Ceci laisse-t-il présager d’autres retrouvailles surprises dans les quatre tomes à venir?
Frank Giroud : Oui. Je peux en dévoiler quelque uns dès maintenant. Un flash back permettra de revenir sur l’histoire d’Halid Riza et de Farag Idriss, l’égyptien qui accompagne Shelley dans le Décalogue III. Cette dernière sera d’ailleurs l’enjeu d’une terrible lutte entre les deux hommes. Egalement par l’intermédiaire d’un flash back, on retrouvera Yakûb, l’éminence grise des différents califes se succédant à Médine lors du Décalogue X. Enfin, un personnage beaucoup plus inattendu fera son apparition dans le tome 3…


Qu’est-ce qui motive le retour d’un personnage?
Frank Giroud : La logique de l’intrigue du Légataire. C’est-à-dire, la traque de la sourate, de la véritable sourate. Car derrière celle découverte dans le Décalogue, qui n’était que la fantaisie d’un poète, se dessine quelque chose de plus sérieux. Et la recherche de cet élément inattendu implique les protagonistes liés à l’Islam et au Coran. Merwan, de par sa foi. Omar Taleb, un des chefs intégristes, qui apparaît dès le tome 1. Farag Idriss et Halid Riza, car ce sont des musulmans travaillant sur les premières versions du Coran. Shelley, l’américaine théologienne et historienne qui travaille sur le même sujet, raison pour laquelle elle rencontre Farag. Yakûb, puisqu’il est à l’origine de tout. Et bien sûr, le personnage mystérieux. Ne reviennent que ceux qui sont intimement liés à cette sourate.

Le terme de «suite» convient-il au Légataire?
Frank Giroud : Quand on emploie le terme «suite», on considère qu’un cycle n’est pas terminé. Or quand j’ai monté cette mécanique assez complexe qu’est le Décalogue, le but était d’offrir au lecteur un ensemble fini, qu’il s’agisse de la saga elle-même ou de chaque tome pris individuellement. Ce qui fait du Décalogue une œuvre un peu à part est que chaque volume constitue une unité complète en elle-même. Aussi, plutôt que le terme de «suite», je dirais que Le Légataire est un rebondissement.

Quels moteurs expliquent l’envie d’écrire ce «rebondissement» au Décalogue?

Frank Giroud : Les motivations sont les mêmes que celles du XIème commandement ou des Fleury-Nadal, une nouvelle série issue du Décalogue sur laquelle je travaille actuellement. Entre le moment où j’ai posé les premiers jalons du Décalogue et le moment où est paru le tome X, sept ans se sont écoulés. Durant ce laps de temps, j’ai réalisé un énorme travail dont les dix albums du Décalogue ne sont que la partie émergée. Derrière, il y a un travail considérable de recherches, matérialisé dans une cinquantaine de notices biographiques extrêmement complètes. Bien sûr, en les écrivant, j’ai imaginé des histoires dont je ne parle pas dans le Décalogue. Il me restait une telle masse de matériaux que j’ai eu envie de continuer. D’autant que j’avais pris un plaisir tout à fait particulier à écrire le Décalogue… J’étais dans une énergie exceptionnelle rarement rencontrée dans le cadre de mon travail. Or cette énergie n’était pas épuisée à la fin du tome X. Elle était aussi intense qu’au début. Un crime que de la laisser perdre!

L’héritage du Légataire comprend-il une construction inédite comme celle du Décalogue?
Frank Giroud : Pas du tout. C’est une histoire en 5 tomes qui se suivent, dessinée par un seul auteur, Béhé. Que du classique!

Pourquoi cette forme plus «traditionnelle»?
Frank Giroud : Je ne crée pas des formes originales par coquetterie. Chaque fois que j’invente une structure particulière, elle est fondamentalement liée au sujet lui-même. Qu’il s’agisse du Décalogue, de Quintett, de l’Expert, ou des deux derniers Louis Ferchot. En ce qui concerne Le Légataire, le fond ne justifie absolument pas une construction spéciale.

Parmi les dix dessinateurs du Décalogue, c’est Joseph Béhé qui assurera le dessin des 5 tomes du Légataire. Une raison particulière à cela?

Frank Giroud : Il y en a deux. La première étant qu’un des personnages principaux est Gwen et que l’action est située à Glasgow. Or, Joseph a traité l’épisode du Décalogue qui s’y déroulait (Le Manuscrit, Décalogue I). Nous sommes partis ensemble faire des repérages à Glasgow. Certes l’histoire aurait pu être dessinée par De Vita puisque le personnage principal est Merwan Kaddher (La Fatwa, Décalogue II). Mais il se trouve que j’avais un souvenir émerveillé de ma collaboration avec Joseph. Même si avec certains partenaires du Décalogue j’ai eu des échanges importants, ceux que j’ai eus avec Joseph sont allés bien au-delà. Nous étions en contact presque quotidien pendant la construction du tome 1. Si celui-ci est aussi abouti, c’est en partie grâce à cet échange constant. Sans compter que des liens d’amitié se sont tissés entre nous, et que nous avions très envie de retravailler ensemble. Spontanément, j’ai donc fait appel à lui. Il a dit oui. S’il avait dit non, j’aurais fait appel à Giulio avec qui je m’entends également très bien. Mais dans la mesure où il était disponible et où il a trouvé ce rebondissement très astucieux, je suis très heureux de retravailler avec lui.

Le Légataire apporte-t-il un nouvel éclairage au Décalogue?
Frank Giroud : Le terme de «rebondissement» caractérise parfaitement Le Légataire. La conclusion du Décalogue est que cette histoire de sourate est une supercherie. Dans Le Légataire, on s’aperçoit qu’au-delà de ce pied de nez, dans le prolongement du Décalogue, se dissimule quelque chose de beaucoup plus sérieux. Alors, est-ce que «prolonger» c’est apporter quelque chose de nouveau? Oui, sûrement…

D’autres prolongements sont-ils prévus?
Frank Giroud : Oui. Les Fleury-Nadal, une série totalement différente du Légataire. Les Fleury-Nadal sont construits selon un autre mode de fonctionnement…Le Légataire est une histoire unique en 5 volumes dessinés par le même dessinateur. Les Fleury-Nadal seront un ensemble de one-shot ou d’histoires en deux tomes racontant une anecdote significative concernant l’un des personnages de la famille…
Propos recueillis par Virginie Greiner
© Editions Glénat

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